Cette séquence sur Courir d’Echenoz se poursuit avec une séance 2 destinée aux Terminales Bac Pro. Après un premier cours consacré à un héros qui subit son temps, cette séance montre un tournant essentiel. Émile passe peu à peu de l’obligation de courir au plaisir de s’entraîner. Ce basculement est au cœur de l’objet d’étude « Rythmes et cadences de la vie moderne : quel temps pour soi ? ». Voici la séance entièrement détaillée, prête à l’emploi. A noter que nous vous avions proposé une séquence complète mais moins détaillée, à cette adresse.
L’extrait étudié en séance 2
La séance porte sur les chapitres 2 à 6 ainsi que sur le chapitre 8. Au départ, Émile est forcé de courir pour l’usine de chaussures Bata. Il considère même cette obligation comme une « pure perte de temps et d’argent ». Pourtant, quelque chose change progressivement.
Le repérage de l’extrait va du moment où Émile est contraint de participer aux courses de l’entreprise jusqu’à ses premiers entraînements volontaires. On y trouve aussi ses expérimentations sur la respiration, poussées jusqu’à l’évanouissement. La réplique clé qui marque ce tournant est la suivante : « Tant qu’à courir, il vaut mieux courir vite, non ? ».
Les objectifs de la séance
Cette deuxième séance poursuit des objectifs précis :
- Comprendre le basculement d’Émile, de l’obligation subie au plaisir choisi
- Analyser comment Émile commence à s’approprier son temps libre
- Relier ce changement au thème du temps pour soi et du temps « hors travail »
- Enrichir l’observation du style d’Echenoz, fil rouge de la séquence
Phase 1 : rappel et mise en route (20 minutes)
La séance débute par un retour sur le cours précédent. En séance 1, Émile subissait tout : l’Histoire, l’usine, le travail. Une question de relance guide alors les élèves. Qu’est-ce qui change dans ces nouveaux chapitres ? Émile subit-il encore, ou commence-t-il enfin à choisir ?
Les élèves formulent des hypothèses avant la lecture. Cette anticipation les rend actifs et les prépare à repérer le moment exact du basculement.
Phase 2 : lecture et analyse guidée (50 minutes)
Après la lecture de l’extrait, les questions sont proposées de la plus simple à la plus fine :
- Au début, pourquoi Émile court-il ? Considère-t-il cela comme utile ?
- Relève le moment précis où son rapport à la course change.
- Que fait Émile de son temps libre une fois qu’il a pris goût à la course ?
- Les expérimentations sur la respiration montrent quoi de son rapport à son corps ?
- En quoi peut-on dire qu’Émile commence à maîtriser son temps au lieu de le subir ?
Ces questions installent progressivement l’idée d’un personnage qui reprend le contrôle. Elles préparent aussi le point de langue qui suit.
Phase 3 : le point de langue sur le rythme de la phrase (25 minutes)
Le phénomène grammatical travaillé ici est le rythme de la phrase, à travers la juxtaposition et l’énumération. En effet, Echenoz fait ressentir l’accélération de la course par la construction même de ses phrases.
On observe d’abord comment la juxtaposition et l’énumération créent un effet de vitesse et d’essoufflement. Ensuite, on nomme explicitement ces procédés. Enfin, un court exercice est proposé. Les élèves repèrent une phrase « qui accélère », puis expliquent comment la ponctuation et la construction produisent cet effet. Ainsi, ils comprennent que la forme sert directement le sens.
Phase 4 : la trace écrite (15 minutes)
La séance se termine par un bilan construit avec la classe. Voici la trace écrite proposée :
Dans ces chapitres, Émile cesse de subir la course : il se met à l’aimer et à s’entraîner volontairement. Il consacre son temps libre à se surpasser et à maîtriser son corps. Echenoz traduit cette énergie par des phrases rythmées qui miment la course. Émile commence à reprendre le contrôle de son temps.
Le fil rouge : le style Echenoz
Comme dans chaque séance, on enrichit la fiche « style » commencée au premier cours. Un nouveau trait apparaît nettement. Echenoz fait coïncider le rythme de la phrase avec le rythme du corps. Autrement dit, l’écriture court avec Émile. On note également l’ironie tendre du narrateur, qui observe l’acharnement du coureur avec une distance amusée.
Le lien littéraire avec Cécile Coulon
Pour élargir la réflexion, un extrait du Petit éloge du running de Cécile Coulon est proposé aux élèves. Cette lecture complémentaire est suggérée par le programme officiel.
Dans ce texte, Coulon décrit ce que la course apporte à celui qui la pratique. Une question de mise en relation guide alors les élèves. Pour Coulon comme pour Émile, courir est-il une contrainte ou une libération ? Ce rapprochement prépare directement la réflexion du thème sur le temps pour soi.
La différenciation proposée
Cette séance intègre une différenciation concrète pour tous les élèves.
Pour les élèves fragiles, on fournit un extrait avec la citation clé et les passages de basculement déjà surlignés. Ils traitent les questions 1, 2 et 3, centrées sur le repérage et la compréhension. Une frise simple « avant / après » les aide à visualiser le changement d’Émile.
Pour les élèves plus à l’aise, toutes les questions sont traitées. Ils ajoutent une analyse du style : trouver une phrase qui, par sa construction, donne l’impression de courir.
Enfin, pour tous, la restitution reste au choix. Chaque élève peut répondre à l’écrit ou enregistrer une réponse orale de deux minutes. Cette souplesse aide particulièrement les élèves DYS ou allophones.
Et après cette séance 2 ?
Séance 1; Séance 3; Séance 4; Séance 5, Séance 6
Cette deuxième séance marque une étape décisive du parcours. Émile n’est plus un homme qui subit : il devient un homme qui choisit. Les élèves ont compris ce basculement et enrichi leur regard sur le style d’Echenoz. La séance suivante prolongera cette dynamique avec la discipline de l’entraînement et la souffrance choisie.
