Fumeterre 6.2 de Jean Millemann est le genre de pépite SF française dont personne ne parle assez. Publié chez Timelapse, une petite maison indépendante, ce roman n’a ni le budget marketing des grosses sorties ni la visibilité qu’il mérite. Pourtant, c’est probablement l’une des choses les plus intéressantes écrites en science-fiction française ces dernières années.

Fumeterre 6.2 : bienvenue sur une planète qu’on aurait préféré éviter

Pluies acides, rayonnements nucléaires, faune mutante. Les entreprises multiplanétaires y font ce qu’elles veulent. Les groupuscules religieux et militaires s’y disputent les restes. Et au milieu de tout ça, des humains survivent comme ils peuvent — en prenant du Jus, la drogue locale, en acceptant des contrats de meurtre, en trafiquant des organes.

C’est violent. C’est cynique. Cependant, ce n’est jamais gratuit. Millemann utilise cette planète-dépotoir pour parler de quelque chose de très concret : les mécanismes de la violence, et ce qu’ils font aux individus comme aux sociétés.

💀 Fumeterre n’est pas un monde inventé pour le plaisir du décor — c’est un miroir déformant tendu vers le nôtre.

Un livre construit comme un puzzle

Voilà ce qui rend ce roman SF vraiment différent. Fumeterre 6.2 est un fix-up — c’est-à-dire un ensemble de récits autonomes qui, mis bout à bout, racontent quelque chose de plus grand. Ce ne sont pas moins de vingt histoires qui composent le livre. Chacune suit un personnage différent, dans une strate différente de la société.

Ainsi, le personnage principal n’est pas un humain. C’est la planète elle-même. On découvre son histoire par fragments, à travers ceux qui la subissent. Chaque récit ajoute une pièce au puzzle. Peu à peu, on comprend ce qui s’est produit de si terrible — et si un espoir de fuite ou de révolution reste possible.

Cette structure est exigeante. En revanche, elle est aussi ce qui rend le livre inoubliable. On ne lit pas Fumeterre 6.2 comme un roman classique. On l’explore.

Entre Alien et Blade Runner, mais en français

Les références visuelles sont évidentes. La bioesthétique organique de l’Alien de Ridley Scott. Les décors saturés et pluvieux de Blade Runner. Pourtant, Millemann ne se contente pas de recycler des images connues. Il en fait quelque chose de personnel, porté par un style fragmenté et incisif qui tranche avec la SF française plus consensuelle.

De plus, le livre réconcilie deux univers qui se parlent rarement : la littérature dite classique et la littérature de l’imaginaire. C’est rare. C’est aussi ce qui explique pourquoi il séduit autant des lecteurs de SF pure que des lecteurs qui n’en lisent jamais.

Pour qui, et où le trouver

Fumeterre 6.2 s’adresse à un public adulte. La violence y est dosée pour servir le propos, mais elle est bien présente. Ce n’est donc pas une lecture pour tout le monde — et c’est très bien comme ça.

Si vous aimez la SF sombre, les univers denses et les structures narratives ambitieuses, foncez. Le roman est disponible aux éditions Timelapse, en librairie et sur les principales plateformes. En achetant chez un éditeur indépendant, vous soutenez par ailleurs une SF française qui prend des risques — et qui en a bien besoin.

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